Sylvie Marcellin
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La France qu'on mérite

Sylvie Marcellin

61 ans · Agricultrice en polyculture · Aveyron

Sylvie a repris la ferme familiale à 28 ans, quand son père a eu le premier accident qui allait en précéder deux autres. Elle n'avait pas prévu ça. Elle finissait un BTS agricole à Rodez avec l'idée vague de partir quelques années avant de revenir. Elle est revenue sans partir. Cent douze hectares de polyculture sur les causses de l'Aveyron, blé, orge, lentilles vertes, quelques bêtes pour ne pas perdre le lien avec l'élevage que son père avait maintenu toute sa vie. Une ferme qui ne rend pas riche mais qui tient, qui nourrit, qui a un sens.

Trente-trois ans plus tard, Sylvie connaît chaque parcelle par son nom, chaque variation de sol, chaque exposition au vent d'autan qui dessèche les cultures en mai si on n'a pas anticipé. Elle sait des choses sur cette terre que personne d'autre ne sait, et cette connaissance accumulée est une forme de richesse que les bilans comptables ne mesurent pas. Son exploitation est saine, pas spectaculaire. Elle a survécu à deux sécheresses majeures, à une réforme de la PAC qui a redistribué les aides sans prévenir, à la mort de son mari en 2019 qui l'a laissée seule avec la ferme et deux enfants déjà grands qui n'ont pas voulu reprendre.

Ce qui l'épuise depuis dix ans n'est pas la terre. C'est le papier.

Les dossiers PAC sont devenus d'une complexité que Sylvie qualifie sans ironie de kafkaïenne. Elle a dû embaucher un cabinet de gestion agricole pour s'assurer que ses déclarations sont conformes, ce qui représente un coût annuel qu'elle paie sur une marge déjà étroite. Les aides auxquelles elle a droit arrivent avec des délais qui peuvent atteindre dix-huit mois sur certaines enveloppes, la contraignant à mobiliser des lignes de crédit court terme pour financer des intrants qu'elle aurait dû pouvoir payer cash. La banque prête, mais prélève. L'État doit, mais tarde. Et Sylvie, entre les deux, avance.

En 2023, un contrôle administratif a signalé une anomalie de déclaration sur une parcelle de quatre hectares dont le statut avait changé à la suite d'un remembrement communal mal retranscrit dans les registres officiels. L'erreur n'était pas la sienne. La procédure de rectification a duré onze mois, bloqué le versement d'une partie de ses aides, et exigé d'elle sept déplacements à la DDT départementale et une assistance juridique qu'elle a payée de sa poche.

Dans la France que nous méritons

Les aides agricoles auxquelles un exploitant a droit sont versées dans un délai maximum de quarante-cinq jours suivant la validation du dossier, sans exception, parce que la trésorerie d'une exploitation familiale ne peut pas absorber les lenteurs d'une administration centrale. C'est l'axe J+45 appliqué à ceux qui nourrissent le pays. Lorsqu'une erreur de cadastre ou de registre officiel génère un contentieux administratif, la charge de la rectification incombe à l'administration qui a produit l'erreur, pas à l'agriculteur qui la subit. Un guichet unique départemental traite l'ensemble des démarches PAC, élimine les redondances entre services et réduit à deux le nombre d'interlocuteurs qu'un exploitant doit gérer pour l'ensemble de ses droits.

Sylvie ne demande pas de subvention supplémentaire. Elle demande ce qui lui est dû, quand ça lui est dû, sans qu'il lui en coûte du temps et de l'argent pour l'obtenir. C'est une demande de dignité administrative autant que de solvabilité.

Elle a 61 ans et envisage de transmettre la ferme dans quatre ans à un jeune couple qui lui a été présenté par la chambre d'agriculture. Elle veut leur laisser quelque chose de propre. Pas une exploitation étranglée par les délais et les formulaires. Une ferme qui respire, sur une terre qui a de la mémoire.

Ce contrat, construisons-le ensemble.

Ces portraits sont fictifs. Les situations qu'ils décrivent ne le sont pas. Rejoignez Résurgence.