Marc Aubertin
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La France qu'on mérite

Marc Aubertin

49 ans · Directeur des ressources humaines · Orléans

Marc a fait une maîtrise de droit social à Paris II en 1999, un DESS de gestion des ressources humaines l'année suivante, et il a commencé sa carrière dans un cabinet de conseil RH parisien où il a appris vite que le conseil sans responsabilité opérationnelle ne lui suffisait pas. Il voulait construire quelque chose, pas recommander à d'autres de le construire. En 2004 il rejoint Pichon Industries, une PME familiale d'Orléans spécialisée dans la mécanique de précision, 210 salariés, troisième génération aux commandes. Il y est toujours.

Vingt ans dans la même maison. Ce n'est pas de l'immobilisme. C'est un choix renouvelé chaque année, consciemment, parce que Marc a compris assez tôt que la profondeur d'ancrage dans une organisation produit une forme d'efficacité que les consultants extérieurs ne peuvent pas reproduire. Il connaît chaque salarié par son prénom. Il connaît les histoires familiales, les tensions, les ambitions, les fragilités. Il sait quel chef d'atelier va craquer avant que ça se voie sur les indicateurs. Il sait quelle commerciale porte une situation personnelle difficile depuis six mois et comment l'accompagner sans franchir la ligne.

Ce qu'il fait est invisible par définition. Le DRH qui travaille bien ne se voit pas. Il n'y a pas de crise, pas de conflit social, pas de rupture collective. Les gens arrivent, sont recrutés correctement, formés, reconnus, et quittent l'entreprise quand c'est le moment, sans procès, sans amertume excessive. Ce résultat est le produit de vingt ans de travail quotidien, de milliers de conversations individuelles, de politiques salariales négociées avec soin, de procédures construites pour être justes et pas seulement conformes.

Sa rémunération est de 5 800 euros nets par mois. C'est bien. Marc ne s'en plaint pas au sens où il n'en souffre pas matériellement. Mais ce chiffre brut dit peu de choses sur ce qu'il reste réellement après que l'État a prélevé sa part sur un profil comme le sien.

Marc est célibataire, sans enfant, propriétaire d'un appartement à Orléans qu'il rembourse encore huit ans. Il n'a pas de dispositif d'optimisation fiscale sophistiqué parce qu'il n'a ni le patrimoine ni le temps de le construire. Il cotise à un plan d'épargne retraite collectif, paie ses impôts sans artifice, et constate chaque année que son taux moyen d'imposition combiné, impôt sur le revenu et contributions sociales non déductibles, absorbe une fraction de son revenu que son niveau de vie réel ne justifie pas aux yeux de ceux qui voient le brut sans voir le net.

Ce n'est pas une revendication d'injustice criarde. C'est un calcul froid. Marc a choisi de rester dans une PME régionale alors qu'il aurait pu rejoindre un grand groupe parisien avec un package deux fois supérieur. Ce choix a une valeur territoriale réelle : il maintient une compétence de haut niveau dans un tissu économique régional qui en a besoin.

Il y a aussi une chose plus diffuse, quelque chose que Marc formule rarement mais qui est réel. Il est DRH depuis vingt ans dans la même entreprise et n'a aucun statut reconnu en dehors d'elle. Pas de corps professionnel, pas de validation externe de son expertise, pas de passerelle vers une reconnaissance institutionnelle de ce qu'il sait faire. Si Pichon Industries est reprise demain par un fonds qui installe son propre DRH, Marc se retrouve sur le marché avec vingt ans d'expérience profonde et non transférable dans des formats que les recruteurs lisent facilement.

Dans la France que nous méritons

La contribution fiscale des hauts revenus salariaux sans patrimoine et sans optimisation est reconnue comme un acte civique et non comme une variable d'ajustement budgétaire. Non pas par une baisse générale de la fiscalité, mais par une lisibilité totale de ce que cette contribution finance concrètement, et par une réciprocité réelle sous forme de services publics de qualité, d'infrastructures de transport fonctionnelles entre les villes moyennes, d'un système de santé accessible sans attendre six mois pour voir un spécialiste à Orléans.

Marc ne demande pas à payer moins. Il demande à savoir pourquoi il paie autant et à voir la contrepartie. C'est une demande de transparence et de cohérence, pas d'égoïsme fiscal.

Dans la France qu'on mérite, l'expertise RH acquise dans les PME régionales sur le long terme est certifiable, valorisable, reconnue par un cadre de validation des acquis de l'expérience qui fonctionne réellement et pas seulement sur le papier. La fidélité à un territoire et à une organisation n'est pas une fragilité de parcours. C'est une compétence en soi que le marché du travail français a du mal à lire, et que la France qu'on mérite apprend enfin à valoriser.

Marc a 49 ans. Il a encore quinze ans de carrière devant lui, peut-être plus. Il les passera probablement à Orléans, dans une entreprise à taille humaine, à faire un travail que personne ne verra tant qu'il sera bien fait. Dans la France qu'on mérite, c'est exactement le genre de discrétion productive que la République sait reconnaître et remercier.

Pas bruyamment. Justement.

Ce contrat, construisons-le ensemble.

Ces portraits sont fictifs. Les situations qu'ils décrivent ne le sont pas. Rejoignez Résurgence.