Marlène Aubert
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La France qu'on mérite

Marlène Aubert

34 ans · Infirmière libérale · Bourganeuf, Creuse

Marlène a passé son diplôme à Clermont-Ferrand en 2014, dans une promotion qui rêvait majoritairement des hôpitaux universitaires, des services de réanimation, des carrières lisibles. Elle a choisi la Creuse. Pas par hasard, pas par dépit. Par calcul lucide et par conviction : il n'y avait plus de médecin généraliste dans le canton de Bourganeuf depuis dix-huit mois, les infirmières libérales partaient les unes après les autres vers des territoires moins épuisants, et quelqu'un devait rester.

Elle s'est installée à 28 ans dans un cabinet de 42 mètres carrés loué à un prix raisonnable par la mairie, qui espérait que ça suffirait à retenir quelqu'un. Ça n'a pas suffi pour les autres. Pour Marlène, si. Elle a acheté une voiture diesel solide, appris les routes de montagne en hiver, constitué un portefeuille de 187 patients en dix-huit mois. Des personnes âgées isolées pour la plupart, des hommes seuls qui ne consultent que sous contrainte, quelques familles rurales sans autre recours. Elle fait des tournées qui commencent à six heures trente et qui finissent parfois après vingt heures. Elle gère des situations que les protocoles n'anticipent pas, prend des décisions que son statut ne lui autorise théoriquement pas à prendre, et appelle des médecins à quarante kilomètres qui lui font confiance parce qu'ils n'ont pas le choix.

La quatrième année, son corps a commencé à lui envoyer des signaux qu'elle a ignorés. La cinquième, elle ne les a plus pu ignorer. Lombalgies chroniques dues aux transferts de patients, fatigue de fond qui ne disparaît plus après le weekend, sentiment d'invisibilité administrative grandissant. Ses actes sont remboursés au tarif conventionnel, sans majoration territoriale réelle, sans reconnaissance de la complexité de ses interventions en zone isolée. Elle gagne correctement mais pas suffisamment pour justifier ce qu'elle donne. Elle a demandé une aide à l'embauche d'une assistante administrative. Dossier perdu deux fois, réponse négative la troisième.

Dans la France que nous méritons

Marlène perçoit une majoration territoriale automatique et substantielle dès lors qu'elle exerce dans un désert médical classifié. Pas une prime symbolique versée avec deux ans de retard. Une revalorisation structurelle de ses actes, calculée en fonction de la densité médicale réelle de son bassin de vie. Son assistante administrative est financée à soixante-dix pour cent par un fonds national de soutien aux professionnels de santé isolés, parce que le temps que Marlène passe à remplir des formulaires est du temps qu'elle ne passe pas auprès de ses patients. Elle bénéficie d'un accès prioritaire à la téléconsultation spécialisée pour les cas complexes, et d'une astreinte téléphonique médicale qui la décharge des décisions qui dépassent son champ de compétence réglementaire.

La France qu'on mérite ne lui demande pas de se sacrifier en silence et de trouver ça normal. Elle lui dit : ce que tu fais a un prix, nous le connaissons, et nous allons le payer.

Marlène n'a pas quitté la Creuse. Elle n'a pas l'intention de le faire. Mais dans la France qu'on mérite, ce choix n'est pas un acte d'héroïsme solitaire. C'est un choix que la République reconnaît, compense et protège. Parce qu'une infirmière qui tient un territoire entier à bout de bras mérite que ce territoire lui tende la main en retour.

Ce contrat, construisons-le ensemble.

Ces portraits sont fictifs. Les situations qu'ils décrivent ne le sont pas. Rejoignez Résurgence.